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Climat

COP26 : La participation des pays du Sud n’est pas garantie

Rebecca Thissen Rebecca Thissen 8 septembre 2021

La participation des délégations des pays du Sud est mise à rude épreuve pour la COP26. A deux mois de la tenue de l’important sommet international sur le climat, la situation actuelle ne permet pas de garantir une participation inclusive et sûre du point de vue sanitaire pour les pays les plus vulnérables. Pourtant, l’équité et la participation sont des conditions sine qua non d’une COP inclusive et équitable.

De nombreuses annonces ont été faites par la Présidence britannique sur l’organisation et la logistique de la COP26, celle-ci se targuant même de préparer la « COP la plus inclusive jamais organisée » [1]. Pourtant, trop peu a été fait à ce jour pour honorer ces promesses. Ainsi, bien que des doses de vaccins aient été promises pour les participants qui le souhaitaient, peu d’informations semblent avoir été fournies à ce stade et la distribution ne devrait commencer que cette semaine, sans certitude pour la majorité des acteurs concernés. Par ailleurs, l’opacité et le manque de détails sur la logistique et les mesures sanitaires mises en place tout au long de l’événement rendent la potentielle venue de nombreux pays de plus en plus incertaine et compliquée. Enfin, les prix indécents des logements à Glasgow, combinés avec une obligation pour les pays statuant sur la « liste rouge » du Royaume-Uni de devoir faire une quarantaine, achèvent de rendre quasiment impossible la participation des pays avec le moins de moyens.

Justice vaccinale et justice climatique Justice climatique sont indissociables

Ces obstacles considérables sont intrinsèquement liés à une autre crise plus large qui est celle de l’accès inéquitable aux vaccins dans le monde. La situation actuelle voit en effet les pays les plus riches monopoliser la majorité des doses au détriment des plus pauvres, qui éprouvent les pires difficultés à s’approvisionner. Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé va jusqu’à parler d’ « apartheid vaccinal » [2]. Ainsi, à l’heure actuelle, 57% de la population européenne est vaccinée contre seulement 3% en Afrique. Il est donc urgent d’obtenir une levée temporaire des brevets à l’OMC [3], mesure pour laquelle le CNCD-11.11.11 plaide depuis de longs mois. Cette dernière doit être accompagnée du partage des technologies et de la facilitation des échanges et permettrait ainsi aux pays en développement d’avoir accès aux vaccins à un prix abordable.

Au-delà de la stratégie de vaccination ciblant les participants de la COP26, il est essentiel de faire du vaccin contre le COVID-19 Covid-19
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un bien public mondial et d’adopter des mesures au niveau international pour assurer que son accès soit équitablement réparti de par le monde. Sans cela, le risque que la pandémie se prolonge est réel, notamment à cause de l’augmentation les risques de nouveaux variants susceptibles d’être résistants aux vaccins.

La participation comme condition clé

Les COP sont des moments essentiels pour faire avancer les négociations climatiques internationales et adopter des positions ambitieuses face à l’urgence. Cependant, pour être efficaces et pertinentes, il est indispensable qu’elles garantissent une participation équitable et inclusive de tous les acteurs. Assurer la présence des délégations officielles et des représentants des organisations de la société civile issues des pays les plus vulnérables a toujours été un défi. Les obstacles sont effectivement nombreux, partant de l’obtention des visas au financement des logements et du transport.

Cette année, les défis paraissent cependant bien plus importants que les années précédentes et risquent d’impacter de manière disproportionnée les participants des pays du Sud. C’est pour cette raison que pour la coupole internationale Climate Action Network a demandé de reporter la COP26 au printemps 2022 [4]. Elle estime que ce laps de temps supplémentaire est nécessaire pour permettre la mise en place des plans clairs en matière de logistique, de support financier et de vaccination pour les participants qui en ont besoin. CAN estime que les conditions requises pour garantir une COP inclusive et équitable ne sont pas actuellement remplies par la Présidence.

Tout le monde doit être autour de la table

La COP26 est attendue depuis bientôt deux ans. C’est un moment politique charnière pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris Accord de Paris et l’atteinte des objectifs collectifs. A l’heure où les conséquences des changements climatiques se font de plus en plus meurtrières, l’urgence d’adopter des politiques fortes en matière d’adaptation, d’atténuation et d’assistance aux victimes n’en est que plus criante. Cependant, pour garantir des décisions légitimes et justes, assurer une présence équilibrée entre les différentes délégations est indispensable. Le succès de la COP26 dépend de la présence des pays du Sud autour de la table. Il est dès lors crucial que la Présidence britannique et les pays riches fassent de cette question une priorité et mettent tout en œuvre pour trouver une solution qui réponde aux différentes préoccupations des pays les plus vulnérables, tant au niveau de la COP elle-même qu’en matière d’accès mondial à la vaccination.

[3A. Zacharie (2021), « Levée des brevets sur les vaccins, les faits sont têtus ». Disponible sur : https://www.cncd.be/Levee...