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Interview

Faut-il taxer les plus riches ? « Oui, ça profiterait à tout le monde »

19 août 2011

Lundi 15 août, l’investisseur milliardaire Warren Buffett appelait les parlementaires américains à « augmenter les impôts pour les plus riches » – ceux qui gagnent au moins un million de dollars par an –, et à taxer plus encore ceux qui dont les revenus s’élèvent à plus de 10 millions de dollars annuels. L’objectif : réduire le déficit budgétaire mammouth du pays. Buffett affirme que cela ne nuira ni aux investissements ni à l’emploi. La situation aux USA n’est bien sûr pas la nôtre : dans certains Etats, personne ne paie d’impôts. N’empêche, l’appel du milliardaire vaut, peut-être, pour nous aussi. Surtout en période de crise financière, sociale et économique mondiale. Alors, taxer plus les riches ?

L’opinion d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, interrogé par Le Soir.

Faut-il taxer les plus riches ? « Oui, ça profiterait à tout le monde »

Que vous inspire la sortie de Warren Buffett ?

Ce n’est pas sa première et il n’est pas le seul milliardaire américain à le faire : il y a plusieurs mois, ils étaient plusieurs dizaines à avoir demandé de payer plus d’impôts. Ça m’inspire que c’est un peu le comble : on est dans une situation d’endettement public record depuis l’après-Deuxième Guerre mondiale qui provient de la crise financière. Du sauvetage des banques et de la récession qui a été provoquée par la crise financière et qui a diminué les recettes fiscales. Donc, la réponse des gouvernements, en Europe et aux Etats-Unis, après quelques années de plans de relance, c’est maintenant l’austérité généralisée. Or, on a appris dans les années 30 et plus récemment dans le cadre de la dette du tiers-monde et des programmes d’ajustements structurels du Fonds monétaire international, que le fait de seulement couper dans les dépenses et donc d’opter pour l’austérité généralisée entraîne le chômage, la récession et donc finalement la diminution des recettes fiscales et l’augmentation du déficit public. Le contraire de l’objectif poursuivi.

Mais donc, une taxe sur les grosses fortunes, oui ou non ?

Oui. La moindre des choses, pour éviter ce cercle vicieux, c’est d’analyser globalement les choses, c’est-à-dire de regarder aussi du côté des recettes. Or on est dans des systèmes fiscaux qui sont injustes, qui taxent en priorité les revenus du travail plutôt que ceux du capital. Et on se retrouve dans des situations où ce sont des milliardaires qui signalent qu’ils payaient davantage d’impôts sous Reagan qu’aujourd’hui ! Donc, oui, c’est une façon de réduire le côté socialement douloureux de la résorption de la crise de l’endettement public.

Pourquoi ?

Parce qu’il faut de nouvelles recettes fiscales qui ne touchent pas le monde du travail. La priorité des priorités pour sortir de la crise, c’est de créer des emplois décents qui permettent au citoyen de consommer et payer des impôts. Mais il faut aussi taxer les transactions financières internationales et nationales. Au niveau belge : taxer les plus-values boursières.

Mais, faut-il taxer davantage les grosses fortunes belges ?

Tout à fait. Le discours qui a permis la diminution de ce type de fiscalité, depuis une trentaine d’années, c’est : il ne faut pas taxer les revenus du capital. Pourquoi ? Pour promouvoir l’investissement productif. Or on constate que les profits n’ont pas été majoritairement investis dans la production mais dans la spéculation. Ce qui a créé un problème de sur-liquidités, qui a provoqué les bulles spéculatives, une crise financière et finalement un problème de sous-liquidités aujourd’hui. Pour les investissements productifs et les PME prêtes à créer de l’emploi. Je pense donc que si les milliardaires demandent eux-mêmes d’êtres davantage taxés, c’est que ça ne va pas leur poser problème et qu’en plus ce sera bénéfique pour la société en général.

Source : Interview recueillie par Thierry Fiorilli et publiée dans les pages « Polémiques » du Soir, 18 août 2011.